La gangrène des défaillances d’entreprises
Crise des entreprises au Maroc : les défaillances en hausse de 6 % au deuxième trimestre
Le tissu entrepreneurial marocain traverse une zone de turbulences. Selon les derniers chiffres du cabinet Inforisk, le deuxième trimestre 2023 a été marqué par une fragilisation accrue des structures économiques, avec 2 833 entreprises recensées en difficulté. Ce chiffre marque une progression de 6 % par rapport à la même période l’année précédente.
La TPE, première victime du ralentissement économique
Le constat est sans appel : la Très Petite Entreprise (TPE) est en première ligne de cette hécatombe. Elle représente à elle seule 98,8 % des défaillances, laissant loin derrière les PME (1,1 %) et les Grandes Entreprises (0,1 %).
Sur l’ensemble du premier semestre 2023, le cumul des défaillances atteint déjà 6 665 unités, soit une hausse alarmante de 18 % sur un an. Si cette tendance se poursuit, les projections pour la fin de l’année 2023 tablent sur un total de 15 000 entreprises défaillantes.
Les délais de paiement : un facteur de mortalité critique
Pour Amine Diouri, directeur des études et communication chez Inforisk, le principal coupable est identifié : les délais de paiement. Ils constituent la cause de mortalité dans plus de 40 % des cas.
« La loi sur les délais de paiement est à peine effective. Il faudra attendre un à deux ans pour voir un effet réel, particulièrement pour les TPE qui subissaient des délais clients de plus de 240 jours en 2021 », explique-t-il. En plus de ce manque de liquidités, ces petites structures souffrent d’une faible solidité financière, d’un capital peu structuré et d’une dépendance souvent risquée à un client unique.
Un contexte macroéconomique hostile
L’environnement global n’offre que peu de répit. Entre une croissance économique atone, l’inflation persistante et la hausse des taux d’intérêt qui alourdit les charges financières, les entreprises voient leurs marges s’effriter. À cela s’ajoute la baisse du pouvoir d’achat du consommateur final, réduisant mécaniquement la demande.
Les secteurs les plus durement touchés par cette vague de difficultés sont :
- Le Commerce : 33 % des défaillances.
- L’Immobilier : 20 %.
- Le BTP : 15 %.
Des dispositifs légaux encore boudés
Malgré l’existence de mécanismes de protection, les chefs d’entreprise marocains tardent trop souvent à réagir. Les procédures de sauvegarde, conçues pour intervenir dès l’apparition des premières difficultés, restent marginales.
À l’inverse, la majorité des dossiers aboutissent directement à la liquidation judiciaire, signe d’une « mort clinique » de l’entreprise. « À l’étranger, les procédures en amont, comme le Chapter 11 aux USA, permettent bien souvent de redresser des situations compromises », souligne Amine Diouri. Au Maroc, le défi reste de convaincre les entrepreneurs d’utiliser ces outils préventifs avant qu’il ne soit trop tard.
Par Khadija MASMOUDI
Source : L’Economiste – Mercredi 2 Août 2023

